Réseautage interculturel : les pièges à éviter

blogue

Réseautage interculturel : les pièges à éviter

Tisser des liens avec des gens d’origines autres que la nôtre est à la fois facile et extrêmement enrichissant… à condition d’amorcer le tout en obéissant à certaines règles simples qui éviteront que l’on soit perçu dès le départ comme « la personne à éviter ».
Lors d’un voyage d’affaires dans un pays d’Afrique de l’Ouest, une rencontre de réseautage était organisée par une expatriée de mes amies dans un restaurant chic de la capitale. Il y avait là plusieurs expatriés représentant toutes sortes d’organisation, surtout des agences des Nations Unies et de la Banque mondiale.
Pendant la soirée, je me suis retrouvé dans une discussion à trois où mon voisin interrogeait d’entrée de jeu la troisième personne sur ses origines : d’où elle venait, comment elle était arrivée à l’ONU, etc. La personne interrogée était née dans un pays européen, mais ses parents étaient de souche africaine. Très spontanément, la personne interrogée s’est exclamée : « Vous êtes Canadien, je parie? ». L’interrogateur était effectivement un collègue canadien. Tout le monde s’est mis à rire…
Cette anecdote m’a fait réfléchir, car ce n’était pas la première fois que j’entendais cette remarque, particulièrement concernant les Québécois. De manière générale, en Occident, la compétence est comprise et vécue comme un ensemble qui regroupe connaissances et savoir-faire. De plus, en Amérique du Nord, les attitudes proactives et même intrusives sont valorisées. En comparaison, dans plusieurs autres cultures, même si le savoir et le savoir-faire sont importants, ils ne sont recevables que si l’on sait être, c’est-à-dire si l’on sait s’adapter au contexte et démontrer des comportements adéquats en fonction de notre interlocuteur.
Involontairement, l’ami canadien a manifesté naturellement ses pratiques culturelles sans les adapter au contexte. Son interlocutrice s’est sentie inconfortable, puisque ce mode interrogatoire faisait en sorte qu’elle se sentait soumise à un examen au lieu d’être partie prenante d’un dialogue sur le point de s’amorcer.
Bref, on était loin du réseautage interculturel!

Ce qu’il faut éviter
Il y a plusieurs choses à proscrire en réseautage interculturel. Nous nous limiterons toutefois à deux recommandations.
La première consiste à éviter d’aborder des sujets hors contexte, motivés par une curiosité mal placée. En effet, outre le désir de satisfaire notre soif de connaissances, la curiosité sur l’histoire personnelle de l’autre risque souvent d’enfermer la personne dans une appartenance (ethnique, linguistique, raciale, etc.) alors que l’identité d’une personne est très complexe et comporte plusieurs appartenances.
La seconde est d’éviter de poser trop de questions et d’entrer trop vite dans les sujets personnels. Ce qui peut vous sembler anodin peut éveiller des souvenirs douloureux et rendre votre interlocuteur inutilement inconfortable. Du coup, au lieu de vous faire une amie ou un ami, vous devenez la personne à éviter.

Ce qu’il convient de faire
Dans tout dialogue de réseautage avec un inconnu et particulièrement en contexte interculturel, il est prudent de s’en tenir d’abord au sujet lié au contexte. Par exemple, dans le cas évoqué au début de cet article, le Canadien aurait dû s’en tenir à poser des questions sur la nature du travail de la représentante de l’ONU. Il y avait amplement matière à échanges. Sans compter que le tout aurait été valorisant pour cette personne, à qui on fournit l’occasion de parler de son travail (à condition, bien entendu, qu’elle aime son travail).
Ce qu’il faut surtout faire, c’est observer et écouter. Une personne qui se sent réellement écoutée a plus de chances d’être impressionnée par la qualité de votre présence et sera, à son tour, attentive à votre égard. N’oubliez pas que nous écoutons d’abord avec nos yeux. L’écoute étant de prime abord une attention, un accueil, assurez-vous d’avoir un regard accueillant et sans jugement. Comme le dit Amin Maalouf, auteur de Les identités meurtrières : « c’est notre regard qui enferme les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer ». Dans le réseautage interculturel, la compétence principale consiste à libérer, à inviter l’autre par notre regard afin de permettre la rencontre.

En conclusion
Un jour, une huître en avait assez de se faire déranger par les pêcheurs de perles. Elle décida donc de se défaire de sa perle et la déposa sur une feuille de lotus. Ainsi, espérait-elle, les pêcheurs la laisseraient tranquille. Puis, elle se réfugia au fond d’une crevasse. Erreur! Comme à l’habitude, les pêcheurs ont lancé leurs paniers au fond de l’eau sans porter attention à ce qui était en surface. Le tout a fait en sorte que la perle s’est perdue dans la boue. À leur grande surprise, lorsqu’ils ont remonté leurs paniers, ils y trouvèrent une grosse huître…vide! Cette anecdote vient appuyer le fait qu’en réseautage interculturel, il ne faut pas se fier aux apparences. Dans ce domaine, l’essentiel est souvent invisible pour les yeux.
Hubert M. Makwanda, M. Ed., CRHA
Président

 

Suivez-nous sur LinkedIn  linkedin-icon   !