L’immigration et le réseautage multiculturel

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L’immigration et le réseautage multiculturel

Les premiers contacts d’un immigrant au Québec

 

Réseauter en étant « minorité visible » pose des défis considérables, mais pas insurmontables. L’exemple d’un couple arrivé au Québec récemment livre des clés intéressantes dont pourraient bénéficier tous les réseauteurs.

 

 

Comme il arrive souvent dans ma profession de consultant, j’ai un jour reçu un appel d’un couple d’immigrants qui venaient d’arriver au Québec et souhaitaient avoir de l’aide dans leur processus d’intégration. Ils me connaissaient pour avoir déjà participé à l’une de mes sessions sur l’adaptation et le réseautage multiculturel. L’homme était ingénieur chimiste et la dame, infirmière. Originaires du Moyen-Orient, ils avaient déjà vécu et travaillé en France et en Allemagne. Ils connaissaient peu de gens au Canada et pratiquement personne au Québec. Ils avaient été attirés au Canada par un programme incitatif ciblant les diplômés francophones. Ils ont obtenu leur visa de résidence permanente sans difficulté et on leur assurait un emploi à la mesure de leur formation professionnelle.

 

 

Leur première démarche devait être de trouver un logement convenable, mais nous nous sommes vite butés aux réticences des propriétaires qui ne voulaient pas louer aux nouveaux arrivants sans endosseur. Sans entrer dans les détails, je les ai endossé, exceptionnellement bien sûr, et je leur ai aussi recommandé de louer un appartement modeste et facile à payer, en vue de se bâtir une crédibilité aux yeux de futurs propriétaires. Ayant moi-même vécu les difficultés de s’établir comme immigrant dans un nouveau pays, je savais que la partie ne serait pas facile. J’avais vu juste : ils sont restés sans emploi pendant plus de six mois.

 

 

Réseauter en étant une « minorité visible »

 

 

Après les avoir aidé à se loger et à adapter leur CV respectif aux normes canadiennes, je leur ai précisé que leur tâche principale serait dorénavant de se bâtir un réseau de contacts solides. Il fallait aussi qu’ils apprennent à se vendre et à se rendre visibles, car même si on les appelle « minorités visibles », ils sont plutôt invisibles aux yeux des employeurs. Il est en effet très difficile de se vendre pour beaucoup d’immigrants, car dans leur culture d’origine, le marketing personnel est très mal vu. Se voir comme un produit dont il faut vanter les qualités ne cadre pas dans leurs cultures. Pour eux, il est préférable que les autres reconnaissent leurs qualités plutôt que de les mettre en valeur eux-mêmes, car cette attitude est perçue comme de la vantardise.

 

 

Apprendre à donner avant de recevoir

 

 

C’est bien de réseauter, mais par où commencer et comment faire lorsqu’on est étranger? L’homme était plus à l’aise dans les milieux scientifiques : je lui ai conseillé d’offrir ses services comme assistant de recherche dans quelques universités en mettant en valeur ses connaissances linguistiques : français, anglais et allemand. Cette stratégie a fonctionné, puisqu’un professeur d’une université montréalaise a retenu ses services pour l’aider à traduire un texte scientifique de l’allemand au français. Il lui offrait toutefois une rémunération dérisoire. Je lui ai quand même fortement conseillé d’accepter l’offre pour deux raisons. Premièrement, il avait la chance d’avoir un job dans son domaine, alors que plusieurs immigrants ayant des doctorats se rabattent parfois, après de longues luttes, sur des boulots de manutentionnaire ou de travailleur à la chaîne pour survivre. Deuxièmement, même si le couple se trouvait dans une situation financière précaire, il fallait apprendre à donner avant de recevoir.

 

 

Son travail de traduction était plus que satisfaisant et le professeur l’a référé à un de ses confrères qui dirigeait un laboratoire privé et qui cherchait un assistant familier avec le milieu scientifique européen. Aujourd’hui, ce néo-Québécois occupe un poste-clé dans ce nouveau laboratoire.

 

 

Quant à sa conjointe, qui a fait des études en médecine, je lui ai conseillé d’offrir ses services comme bénévole à l’hôpital Sainte Justine afin de se familiariser avec le milieu hospitalier québécois et surtout de se bâtir un réseau de contacts intéressants auprès du personnel et des parents des enfants. Après quelques mois, elle a décroché un emploi dans cet hôpital et elle suit présentement des cours afin d’exercer un jour sa profession au Québec.

 

 

Ce qu’il faut retenir

 

 

Cette histoire démontre encore une fois le pouvoir du réseautage au-delà des frontières culturelles. Toutefois, le principal défi auquel on est confronté quand on veut s’établir dans un nouveau milieu ou dans un pays étranger consiste à se bâtir des références pertinentes. En effet, où que l’on soit dans le monde, on n’achète que ce que l’on connait.

 

 

Une étude de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse de 1998 (CDPDJ, 1998), citée par Alain Dubuc dans le journal La Presse du 9 décembre dernier, soulignait le fait suivant : « Dans les administrations civiles et les entreprises, les gestionnaires du groupe majoritaire québécois francophone basent souvent leurs procédés de recrutement sur le bouche à oreille parmi les membres de leur propre réseau social, limitant ainsi la possibilité de considérer des candidatures anglophones, des immigrants ainsi que des minorités visibles ».

 

 

D’où l’importance de se faire connaître et de connaître la culture de son nouveau milieu en créant des liens significatifs avec des personnes issues de cette culture. Pour cela, il faut de la patience, un bon esprit d’initiative, une certaine dose d’humilité, de la persévérance et la capacité de donner avant d’espérer recevoir. Même si l’on croit n’avoir rien à donner, un simple sourire peut être un cadeau merveilleux et ouvrir une porte inattendue!

 

 

Un proverbe africain dit que «l’étranger te permet d’être toi-même en faisant de toi un étranger ». Ainsi, dans le cadre du réseautage multiculturel, chacun a de la chance d’être étranger aux yeux de l’autre et de renaître en tant qu’être humain.

 

 

Hubert M. Makwanda, M. Ed., CRHA
Président